Du 1er décembre 2025 au 5 janvier 2026, la préfecture de Loire-Atlantique ouvre une consultation publique sur le projet de Centre de Rétention Administrative (CRA), dans le cadre de sa qualification en
« projet d’intérêt général ».

La construction du centre de rétention administrative de 140 places, destiné à enfermer des personnes étrangères qu’on veut expulser (mais dont l’expulsion est rare), est prévue dans la zone du Champ-de-Manœuvre, au nord de Nantes, à proximité directe de la maison d’arrêt.

Ce projet entraînera la destruction de zones humides en tête de bassin versant et des espaces naturels protégés. Pour rendre cette destruction légale, le ministère de l’Intérieur doit faire classer le projet comme « d’intérêt général ». C’est dans ce cadre, et uniquement pour cette raison, qu’une consultation du public est rendue obligatoire.

Soyons clairs : cette consultation publique est avant tout une tentative de délégitimer la contestation contre un projet inhumain et portant atteinte à la dignité humaine. 

Participons massivement.

 

      1. Les CRA ne seront jamais d’intérêt général 

Les CRA sont des lieux de privation de liberté justifiés uniquement par le statut administratif d’une personne. Leur violence et leur maltraitance sont documentées depuis des années. La cour européenne des droits de l’homme a condamné au moins onze fois la France pour ses pratiques liées aux CRA, en particulier lorsqu’il s’agit de l’enfermement de mineurs. 

L’existence même des CRA est un problème : en plus du traitement inhumain, on parle d’un enfermement sans jugement, pour des “éloignements” qui ne se font que très rarement.

Les CRA sont une exception permanente à l’Etat de droit.

 

        2. Obtenons un avis négatif à cette consultation publique, mais ne nous laissons pas berner, ils se fichent du résultat. 

Rien n’oblige ensuite l’État à tenir compte des avis exprimés. D’autres structures du même type se sont construites malgré des avis négatifs lors des consultations publiques. Et plus globalement,de Bure à l’A69, ces consultations massivement défavorables n’ont jamais empêché l’État d’imposer ses projets. 

En fait, ce simulacre de procédé démocratique sert avant tout de stratégie de légitimation des projets illégitimes. En organisant ces procédures, l’Etat donne l’illusion du débat, tout en neutralisant l’opposition et en verrouillant les décisions.

 

Nous n’empêcherons pas le CRA par ce biais, mais c’est un moyen parmi d’autres d’instaurer le rapport de force. Participons donc massivement ! 



Cette consultation publique est une métaphore tristement parfaite de notre époque : 

Alors que la menace réelle s’appelle dérèglement climatique, on fabrique un problème de toute pièce : les étrangers sont présentés comme un danger pour la société.

Ce faux problème produit des projets, eux, bien réels qui détruisent des zones humides en tête de bassin versant et aggravent précisément la crise qu’on refuse d’affronter.

On détourne l’attention de la seule menace globale — la crise climatique — en fabriquant un faux danger, et l’on aggrave ensuite cette crise en bétonnant, enfermant et détruisant des zones humides.

Pour nourrir l’obsession, on peut compter localement sur Foulques Chombart de Lauwe, soutenu par Retailleau, qui n’hésite pas à inventer des chiffres pour alimenter son soutien au CRA.  Dans ce contexte, ses déclarations publiques, affirmant qu’« un CRA est un outil d’application de la loi » et que « 90 % des personnes qui y passent présentent un danger pour les autres », sont graves et mensongères. 

On regrette aussi la faiblesse de la réponse de l’ensemble des forces de gauche. Johanna Rolland n’aura qu’une seule fois dit son opposition au CRA – au milieu de l’été, en pleine négociation avec les verts pour une alliance de premier tour, et surtout près de deux ans après son annonce dans un communiqué de Darmanin qu’elle a elle-même signé. 

Derrière un projet de CRA, c’est toute une politique qu’il faut dénoncer. C’est à une fascisation générale du climat qu’il faut s’opposer. Avec force et intransigeance. 

Menons la prochaine bataille : répondons massivement “non” à la consultation publique. Non au CRA, non à sa qualification d’« intérêt général », non à l’enfermement administratif et à la destruction des zones humides. 
Un avis négatif massif est un point d’appui nécessaire pour construire le rapport de force.



Réponses types à la consultation publique

1️⃣ Position générale (à mettre en début de contribution)

 

Je donne un avis fermement défavorable au projet de centre de rétention administrative (CRA) prévu au Champ de Manœuvre à Nantes, projet que je considère contraire à l’intérêt général

 

2️⃣ Les CRA : des prisons indignes et injustes

 

Un centre de rétention administrative est une prison qui ne dit pas son nom : un lieu de privation de liberté décidé par l’administration, sans jugement, où sont enfermées des personnes étrangères n’ayant commis aucun crime.

 

Les conditions d’enfermement dans les CRA sont régulièrement dénoncées par les associations et les institutions : insalubrité, accès insuffisant aux soins, détresse psychologique permanente liée à la menace d’expulsion, tentatives de suicide. La France a d’ailleurs été condamnée à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l’Homme pour ces pratiques.

 

Ce dispositif est en outre largement inefficace : selon les rapports de la Cimade, près de 60 % des personnes enfermées en CRA sont finalement libérées. Le CRA ne sert donc qu’à traumatiser des personnes exilées, pour un coût humain et financier très élevé.

 

L’enfermement administratif de personnes sans papiers ne peut en aucun cas relever de l’intérêt général.

 

3️⃣ Un projet anti-écologique et contraire aux documents d’urbanisme

 

Le site du Champ de Manœuvre constitue une tête de bassin versant reconnue comme zone humide protégée. Ces milieux jouent un rôle essentiel dans la régulation des eaux, la prévention des inondations et des sécheresses, ainsi que dans le maintien de la biodiversité.

 

Le règlement du SAGE Estuaire protège explicitement ces zones et interdit en principe toute atteinte aux zones humides en tête de bassin versant. Le site comprend également un Espace Boisé Classé au Plan Local d’Urbanisme métropolitain, censé garantir la conservation des boisements existants.

 

Pourtant, plusieurs hectares ont déjà été détruits, et de nouvelles destructions sont annoncées, en contradiction totale avec les engagements environnementaux affichés par les collectivités.

 

Qualifier ce projet d’« intérêt général » afin de contourner ces protections environnementales est inacceptable. Un projet d’enfermement administratif ne peut justifier la destruction irréversible d’un milieu naturel protégé.

 

4️⃣ Un projet violent pour le quartier Nantes Erdre

 

Le Champ de Manœuvre constitue l’un des derniers poumons verts du quartier Nantes Erdre, souvent présenté comme le « Bois Dormant ». Il joue un rôle essentiel d’îlot de fraîcheur, de puits de carbone et d’espace de respiration pour les habitant·es.

 

Le quartier subit déjà une forte pression démographique, avec des infrastructures publiques insuffisantes : transports saturés, manque d’écoles, d’équipements sportifs et de services.

 

L’implantation d’un CRA de 140 places à proximité immédiate d’une maison d’arrêt déjà surchargée aggraverait considérablement les nuisances sonores et psychologiques. Les cris, la détresse et l’enfermement ont des effets réels et durables sur la santé mentale des personnes enfermées comme des riverain·es.

 

Ce projet est incompatible avec un urbanisme humain, soutenable et respectueux du cadre de vie.

 

5️⃣ Un non-sens politique, humain et symbolique

 

Associer un centre de rétention administrative à la notion d’intérêt général est profondément contestable.

 

La Constitution française affirme que nul ne peut être arbitrairement détenu. Or les CRA reposent précisément sur une privation de liberté arbitraire, infligée à des personnes dont le seul tort est de ne pas avoir de papiers, dans un contexte où l’accès au séjour relève d’un véritable parcours du combattant.

 

Dans un monde marqué par des déplacements forcés massifs, notamment pour des raisons climatiques, la prison ne constitue ni une réponse pertinente ni une solution durable.

 

L’implantation d’un CRA à proximité immédiate de l’école Germaine Tillion, anthropologue engagée contre le racisme, constitue un non-sens total et un message violent adressé aux générations futures.

 

6️⃣ Conclusion – Demande explicite

 

Ce projet ne relève en aucun cas de l’intérêt général et doit être retiré.