PREMIER BILAN DES MUNICIPALES 

Pourquoi la “gauche” a failli perdre Nantes ?

L’enseignement principal de ce scrutin, c’est que sans vision, sans proposition forte pour Nantes, et sans projet clairement ancré à gauche, en réponse aux préoccupations quotidiennes des classes populaires et moyennes, on laisse la droite gagner du terrain. 

Le social-libéralisme est à bout de souffle. Il faut reconstruire une gauche populaire à Nantes. 

Qui a sauvé Johanna Rolland ? Les électrices et électeurs de gauche. 

Johanna Rolland a été réélue, de justesse, par un vote de barrage à une droite radicalisée et ce, en grande partie grâce à la mobilisation des électrices et électeurs de gauche, et notamment de Nantes populaire. 

Seulement 4 points d’écart (moins de 5000 voix) pour la majorité sortante dans une ville réputée pour être le bastion de la gauche PS depuis 1989, il n’y a pas de quoi crier victoire. Ce résultat est un avertissement.

Le calcul est simple, 64 644 voix au second tour pour JR, alors que les cinq listes de gauche ont récolté 64 757 voix au premier tour. Non seulement Johanna Rolland a eu besoin de toutes les voix de gauche, mais elle en a même perdu, faute de dynamique dans l’entre-deux tours. 

Autre élément important : les voix du “centre” pour Mounir Belhamiti se sont massivement reportées sur Foulques Chombart de Lauwe ! Le clivage gauche-droite à Nantes est très clair, malgré les tentatives de “en-même-temps”. C’est la confirmation de la fin du macronisme. Les “ni-ni” d’hier ont choisi leur camp, ou leurs électeurs l’ont fait pour eux. 

La hausse de la participation a profité à la droite radicalisée 

Il y a bien eu une surmobilisation au second tour. D’au moins 6 000 nouveaux électeurs. Comme à Toulouse, il semblerait que ce sont principalement des électeurs de droite qui s’étaient abstenus au premier tour, qui ont fait le déplacement au second !

Avec des participations atteignant jusqu’à 80 % dans des bureaux de vote de Monselet. 

L’idée qui voudrait que ce sont les gens de gauche qui s’abstiennent le plus est une idée reçue. À Toulouse, c’est pas moins de 34 000 voix de plus pour Moudenc entre le premier et le second tour. À Nantes, 19 000 voix de plus pour Chombart de Lauwe. 

La droite radicalisée a fait un nombre de voix record à Nantes au second tour, en réussissant à récupérer les voix non seulement de Reconquête ! mais aussi du RN – les responsables des deux partis ayant logiquement annoncé voter pour Foulques Chombart de Lauwe.

Leçon que la bourgeoisie sait se mobiliser lorsqu’elle veut faire peser ses intérêts. 

Le social-libéralisme s’est essoufflé 

Quelle proposition forte ? Quelle perspective ? 

Sur les transports, on a entendu la majorité défendre une voie réservée au covoiturage sur le périph et “15 000 personnes bénéficiant de la gratuité des transports en commun” ? Qui se sent concerné, sans critères clairs, dans une ville de 340 000 habitants où les prix des abonnements ont explosé ? 

La maire sortante a brandi “une plateforme maman solo” dont on ne comprend rien à part qu’il s’agit d’une solution technocratique, tandis que rien n’est fait sur les familles à la rue, ni pour le pouvoir d’achat des parents solos.

Le bilan pour les classes populaires et moyennes ces dernières années, c’est la précarisation et la paupérisation dans une ville où la vie coûte toujours plus cher. 

Le résultat est dans les urnes : les classes populaires se détournent un peu plus encore de la majorité sortante avec une participation très faible dans les quartiers populaires (autour de 40 % de participation au second tour aux Dervallières, à Bellevue, à Malakoff, et à Nantes Nord), qu’ils soient collectifs ou pavillonnaires. Au profit de l’abstention, mais aussi de plus en plus de la droite et du RN aux périphéries.

Une alliance PS-EELV très peu verte 

Le PS et alliés d’un côté et EELV de l’autre avaient rassemblé 50 % des suffrages en 2020, contre 35 % au premier tour cette année. On peut se demander le nombre de voix qu’EELV a ramené au premier tour.

Cette alliance devait être le socle fort d’une gauche confiante, c’est bien plus qu’une déconvenue. 

À se demander si cela n’est pas dû aux politiques menées par les écolo ces dernières années. Ils et elles étaient effectivement en charge des plus gros dossiers anti-écologiques de la métropole : doublement de l’incinérateur, éco-centre sur l’île de Nantes, mais aussi artificialisation comme à Doulon.

Celles et ceux qui se prétendent écologistes ont bétonné l’équivalent de 143 jardins des Plantes dans la métropole depuis 2019. 143 jardins des Plantes !

Pire, la « social-écologie » nantaise en promouvant sans cesse son bilan est allé jusqu’à faire croire que l’écologie c’était bétonner les quartiers périphériques tout en débitumant un peu le centre-ville. Installer des projets polluants l’air tout en fermant la ville aux automobilistes pour des raisons de qualité de l’air. Cette « écologie » gentrificatrice détourne un peu plus les classes populaires de l’écologie et augmente le ressentiment. 

Le social-libéralisme, pire rempart à la droite extrême et l’extrême-droite

La gauche social-libérale se moque du monde, elle prétend être le seul rempart à l’extrême droite, alors que ce sont précisément ses politiques métropolitaines qui nourrissent le vote RN dans les périphéries (y compris dans certains quartiers de Nantes).

À force de reculer sur la sécurité et de ne pas présenter de projet politique cohérent, et de ne jamais évoquer les contraintes du quotidien, les habitants choisissent un vote contestataire de droite.