Depuis 2014, Nantes change de visage à toute vitesse. Sous couvert de « bifurcation écologique » et d’« attractivité métropolitaine », la majorité sortante a laissé ou prévoit de laisser disparaître 1 050 hectares de terres et d’espaces naturels. 1 050 hectares, c’est 143 Jardins des plantes, trois fois l’Île de Nantes, l’équivalent d’Indre, La Montagne et Basse-Goulaine réunies.
Derrière les slogans verts, une réalité s’impose : notre ville continue de s’étaler, de bétonner, de monter en gamme, au prix de notre santé, de notre capacité à nous nourrir, de la place faite aux classes populaires. Nous proposons d’y mettre un coup d’arrêt clair : un moratoire sur les grands projets d’artificialisation et sur les équipements industriels imposés aux habitantes et habitants.
Des projets qui cassent la ville et notre milieu de vie.
A l’est de Nantes, les promoteurs jouent au Monopoly. Les projets se multiplient : doublement des surfaces commerciales à Paridis, doublement de l’incinérateur alors même qu’on devrait réduire nos déchets, ZAC du Champ de Manoeuvre, ZAC Doulon-Gohards…
La ZAC du Champ de Manoeuvre est vendue comme un « quartier nature », mais on commence par détruire des zones humides, déranger des espèces et transformer une ancienne forêt en chantier. On promet 23 hectares d’espaces « préservés », labellisés et aménagés, mais on efface la nature réelle pour la remplacer par une nature décor. Au final, c’est un produit immobilier de plus : densité, béton, storytelling durable.
Même logique à Doulon-Gohards : un projet d’« écoquartier » sur plus de 25 hectares de terres encore fertiles, dans un quartier historiquement maraîcher, où vivent pourtant des centaines de personnes en bidonville sur la zone même du projet et sur la Prairie de Mauves. Les ouvriers et ouvrières agricoles qui habitent là sont expulsés sans considération, pendant que les terrains qu’ils occupaient sont requalifiés en « compensation écologique », transformés en mares à grenouilles pour rendre acceptable l’artificialisation alentour.
Dans le même temps, la métropole maintient un cap de grands équipements spectaculaires : nouveau CHU sur l’île de Nantes – chantier à plus de 1,25 milliard d’euros pour un hôpital plus petit, initialement avec moins de lits, sur une zone inondable, accessible uniquement par des ponts – et projets culturels vitrines comme la Cité Jules Verne, qui effacent l’histoire ouvrière et industrielle de la ville au profit d’un marketing territorial tourné vers les touristes et les investisseurs.
Une ville qui cherche à grossir et à monter en gamme sans limite, c’est une ville anti-écologique. Artificialiser des terres dans une métropole comme Nantes, c’est artificialiser deux fois : là où l’on construit, et dans les carrières de sable qui détruisent nappes phréatiques et zones humides pour couler des centaines de mètres cubes de béton. C’est aussi fragiliser notre accès à l’eau potable, augmenter les risques d’inondation et aggraver la crise écologique locale.
Métropolisation : quand la ville devient un produit à vendre.
Ce qui se joue derrière ces projets n’a rien d’un hasard technique. C’est un choix politique : la métropolisation. La déclinaison locale de la mondialisation, qui concentre les activités économiques, politiques et symboliques dans quelques grandes aires urbaines mises en concurrence les unes avec les autres.
Le refrain est toujours le même : « attractivité », « rayonnement », « compétitivité ». Il faudrait attirer des « talents », des capitaux, des sièges sociaux, des touristes, des congrès. Mais pour qui ? A qui servent ces grands projets ? Aux habitantes et habitants, ou aux promoteurs, aux grandes entreprises, aux chaînes hôtelières, au BTP ?
Partout, les villes finissent par se ressembler : programmes immobiliers géants, rénovation urbaine qui rase des quartiers populaires, terres maraîchères bétonnées, loyers qui explosent, classes populaires repoussées toujours plus loin. Nantes n’est pas une exception : Bordeaux, Montpellier, Toulouse, Lille, Lyon vivent la même chose.
Avec ce modèle, la métropole devient un produit mis en vente, et la culture devient un argument marketing. Le Voyage à Nantes se déploie jusque dans le métro parisien, non pas d’abord pour les Nantaises et les Nantais, mais pour faire monter la ville en gamme. On réaménage CAP 44 en Cité des imaginaires, en glorifiant Jules Verne – auteur monarchiste orléaniste et raciste – tout en continuant d’ignorer les victimes de la traite négrière dont Nantes fut un centre.
Même l’écologie est instrumentalisée : on rase des dizaines d’hectares de terres maraîchères et de zones humides pour construire des « écoquartiers » labellisés, on expulse des familles roms pour les remplacer par des mares de compensation, on multiplie les panneaux « nature » tout en détruisant le vivant et en discriminant des populations entières.
Un moratoire pour reprendre la main sur la ville.
Face à cette fuite en avant, il faut un arrêt net, lisible, assumé : un moratoire sur les grands projets. Nous nous engageons à décréter un moratoire sur :
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la ZAC Doulon-Gohards et la ZAC du Champ de Manoeuvre ;
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les nouveaux projets d’artificialisation de terres agricoles, de zones humides et d’espaces naturels ;
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le doublement de l’incinérateur, alors même que nous devons réduire nos déchets et changer la technologie pour mieux traiter les fumées plutôt que brûler davantage ;
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l’« écocentre » de l’île de Nantes, qui ajoute un site polluant de plus dans un quartier déjà saturé ;
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les grands projets vitrines comme la Cité Jules Verne, dès lors qu’ils ne répondent pas à des besoins sociaux identifiés mais à des logiques d’image.
Un moratoire n’est pas un arrêt de mort de la ville. C’est au contraire la condition pour rouvrir le débat démocratique : de quoi avons-nous vraiment besoin ? Où construire, et pour qui ? Comment réorienter les budgets et les mètres carrés vers la santé, le logement, les mobilités, la culture populaire, plutôt que vers la spéculation immobilière et la communication métropolitaine ?
Nous voulons sortir de la course entre « bons gestionnaires » des standards libéraux. Nous ne nous contenterons pas d’aménager à la marge des projets déjà ficelés. Nous voulons changer de boussole, en partant des besoins réels des habitantes et habitants et des limites de notre milieu de vie, à commencer par l’eau.
Vers une écologie populaire : répondre aux urgences, transformer la ville.
Notre projet, c’est de faire des réponses aux urgences du quotidien – se nourrir, se loger, se déplacer – des leviers de transformation profonde. Vers une véritable écologie populaire.
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L’alimentation : dans un département qui artificialise massivement ses terres, nous voulons protéger les sols nourriciers restants, relancer des filières agricoles locales, organiser des moyens de production communs (supermarchés populaires, cuisines collectives, circuits courts) pour que chacun puisse manger sainement sans payer plus cher.
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Le logement : plutôt que de bétonner des terres naturelles, nous voulons massivement rénover l’existant, lutter contre les logements indignes, réquisitionner les logements vacants quand c’est nécessaire, construire sur des surfaces déjà artificialisées.
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Les déplacements : au lieu de multiplier les projets routiers et les parkings, nous proposons d’investir dans les transports publics gratuits et rapides pour toutes et tous, et dans des aménagements qui améliorent réellement la vie quotidienne des classes populaires.
Notre vision, c’est d’abandonner la compétition entre villes au profit de l’autonomie locale. Construire des richesses collectives – logements de qualité, accès garanti à l’eau non polluée, transports gratuits, culture vivante – plutôt qu’augmenter le patrimoine de quelques-uns. Comme le disait Thomas Sankara, nous préférons l’eau pour tous au champagne pour quelques-uns.
Nantes a dans son histoire les ressources pour porter une telle rupture : luttes ouvrières, Commune de Nantes, victoire contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Nous voulons nous inscrire dans cette tradition de radicalité concrète. Avec un moratoire sur les grands projets d’artificialisation et une écologie populaire assumée, nous pouvons faire de notre ville non pas une vitrine, mais un lieu où l’on vit bien, dignement, durablement.
