Les commerces populaires ferment les uns après les autres au Vieux Doulon, à Bellevue, à Nantes Nord. À Doulon, la métropole veut faire fermer la casse auto pour en faire une « zone de compensation écologique », comme si les garages et les casses n’étaient pas eux aussi des commerces populaires. À Bellevue, plusieurs commerces ont disparu avec la rénovation urbaine, le grand marché risque d’être réduit de moitié, et les commerçant·es historiques ne savent pas s’ils pourront revenir. À Nantes Nord, il ne reste presque plus de commerces de proximité, pendant que les Carrefour Market envahissent la ville. 

Dans le même temps, les loyers ont augmenté d’environ 50% en dix ans à Nantes, et les prix du mètre carré ont explosé entre 2010 et 2023. La ville se vante d’avoir un des taux de chômage les plus bas du pays, mais dans plusieurs quartiers populaires, le chômage atteint 30 à 40% et la pauvreté grimpe jusqu’à 24%. Les habitantes et habitants travaillent ailleurs, consomment ailleurs : leurs quartiers deviennent des garages humains, des dortoirs pour une métropole vitrine.

Notre horizon : des économies populaires de quartier

Nantes Populaire refuse ce modèle métropolitain extractif qui enrichit les promoteurs et les cadres tout en écrasant l’économie populaire. Nous voulons faire émerger des économies populaires de quartier pour produire de la richesse collective, en partant des besoins des habitant·es.

Cela veut dire :

    • soutenir les commerces populaires existants, y compris les commerces dits « ethniques », garages, ateliers artisanaux, qui sont des lieux de sociabilité et de sécurité collective ;

    • créer des services gratuits ou à prix modérés décidé·es par les habitant·es : épiceries municipales, réparation, garde d’enfants, micro-logistique, cuisines de quartier ;

    • faire en sorte que chaque euro reste le plus longtemps possible dans le quartier, plutôt que de filer chez Amazon ou dans les centres commerciaux.

Une mutuelle des commerces populaires, pour des centaines d’emplois locaux

Nous proposons de créer une mutuelle des commerces populaires, associant habitants, travailleurs et commune. L’objectif : protéger celles et ceux qui font encore vivre l’économie populaire – épiceries, boucheries, coiffeurs, cafés, garages, petits ateliers, commerces dits « ethniques » – et leur donner des moyens d’agir collectivement.

Cette mutuelle pourra :

    • protéger les commerces existants face à la hausse des loyers et à la spéculation, en mutualisant l’accès aux locaux et en soutenant le droit de préemption sur les baux et les friches ;

    • proposer des outils mutualisés : accompagnement comptable, assistance juridique, communication, entraide pour les investissements de départ, prêts solidaires ;

    • reconnaître et aider les activités informelles qui font vivre les quartiers (entraide, petits services, auto‑réparation), au lieu de les réprimer ou de les laisser dans la précarité ;

    • être un lieu d’auto‑organisation pour les travailleuses et travailleurs précarisés par l’ubérisation – livreurs, aides à la personne, employés de service – sur le modèle des Maisons des livreurs ouvertes à Bordeaux ou Nancy.

Plutôt que de laisser chaque commerçant isolé face aux bailleurs, aux banques et aux plateformes, la mutuelle organise une solidarité économique de quartier et donne un pouvoir collectif sur la production et la circulation des richesses.

Des Maisons de l’Économie Populaire dans chaque quartier

Pour que cette économie populaire ait des lieux à elle, nous voulons ouvrir dans chaque quartier des Maisons de l’Économie Populaire, financées par la ville. Ce ne seront pas des vitrines pour start‑ups ou marketing territorial, mais des outils au service de la vie quotidienne des habitantes et des habitants.

Ces maisons auront plusieurs missions :

  • accueillir des moyens de production mutualisés : ateliers de réparation et de réemploi, machines, outils, cuisines collectives, bureaux partagés, espaces de formation ;

  • mettre à disposition des locaux à bas prix pour des commerces populaires, des coopératives, des associations de quartier, en s’appuyant sur des outils fonciers (droit de préemption, Office Foncier Solidaire) pour sortir le sol de la spéculation ;

  • offrir du matériel informatique, des formations, un appui pour créer des activités utiles au quartier : alimentation, services de proximité, soutien scolaire, entraide, culture ;

  • permettre aux habitant·es de définir, avec un budget dédié, les besoins prioritaires du quartier et les services à créer, gratuits ou à prix modérés.

Il s’agira aussi de s’appuyer sur les savoir‑faire locaux pour mener des activités de transformation écologique : réparer plutôt que jeter, organiser le réemploi, relocaliser des productions essentielles (objets du quotidien, circuits alimentaires, solutions énergétiques), au lieu de dépendre des grandes chaînes et de la logistique mondialisée.

Un pôle de recherche populaire pour l’autonomie matérielle

Pour affronter les dérèglements climatiques et les crises économiques, nous proposons que la ville devienne facilitatrice d’une recherche & développement pour l’autonomie matérielle du territoire. Il ne s’agit pas de financer la prochaine appli à la mode, mais de planifier des innovations utiles aux quartiers populaires.

Concrètement :

    • la ville se positionne comme interface entre étudiant·es, chercheurs, associations, PME, coopératives, pour construire des projets de R&D ancrés localement ;

    • elle met en place une plateforme, des laboratoires partagés, des tiers‑lieux technologiques accessibles, avec un accompagnement juridique sur la propriété intellectuelle et les partenariats ;

    • une partie de cette R&D est explicitement dédiée à l’adaptation aux dérèglements et à l’autonomisation matérielle : alimentation, énergie, mobilité, habitat, santé.

L’objectif est d’arracher l’innovation aux logiques de rente et d’en faire un levier de souveraineté populaire : que les solutions produites servent d’abord aux quartiers, pas aux grands groupes.

Une logistique publique de courte distance au service des quartiers

Enfin, pour que ces économies populaires puissent fonctionner, il faut une logistique publique de courte distance, propre à la métropole. Aujourd’hui, le transport de marchandises dépend de grandes compagnies en crise, de logiques spéculatives et de plateformes qui pressent les travailleurs.

Nous proposons :

  • un service logistique métropolitain organisé sur le modèle d’un service public (comme les jardiniers municipaux), avec des opérateurs sous statut public ou assimilé ;

  • un réseau terrestre et fluvial de courte distance pour relier ateliers, Maisons de l’Économie Populaire, supermarchés municipaux et producteurs locaux ;

  • une priorité donnée aux besoins des quartiers populaires : approvisionnement des marchés, des commerces indépendants, des épiceries municipales, et soutien aux circuits courts.

Cette logistique publique permet de stabiliser les coûts, de réduire la dépendance aux grands groupes, de renforcer la souveraineté logistique de la métropole et de créer des emplois utiles, au service des habitantes et des habitants plutôt que des plateformes.