À Nantes, trouver un médecin généraliste qui accepte de nouveaux patients est devenu une épreuve. 70% des généralistes ferment leur patientèle. Il faut attendre six mois pour un dermatologue, neuf mois pour un rendez-vous en pédopsychiatrie au CHU. Et pour les plus précaires, se soigner reste souvent un luxe : dépassements d’honoraires, mutuelles inabordables, renoncement aux soins.
Les déserts médicaux, ce n’est pas qu’à la campagne. C’est aussi à Nantes Sud, à Bellevue, dans les quartiers nord. C’est partout où l’on attend, où l’on renonce, où l’on finit aux urgences faute d’alternative.
Face à cette réalité, nous refusons de nous résigner.
Le CHU : un chantier hors norme, des questions qui demeurent
Le futur « Hôpital Loire Santé », dont le chantier est en cours pour une ouverture prévue en 2027, est présenté comme une modernisation nécessaire. Le projet représente 1,25 milliard d’euros d’investissement et regroupe l’essentiel des activités du CHU sur l’Île de Nantes.
Mais ce projet a été imposé sans vrai débat démocratique, dans une logique comptable avant tout. C’est grâce à la mobilisation du collectif Hosto Debout et des soignant·es que des avancées ont été arrachées : renoncement à la suppression de 300 lits initialement prévus, maintien d’une activité d’hospitalisation sur le site Laënnec — orientée vers la gériatrie et les pathologies chroniques — et 400 millions d’euros supplémentaires de l’État au budget. C’est la preuve que la mobilisation citoyenne paie — et que rien n’est jamais acquis sans elle.
Pourtant, les questions restent entières. Le futur hôpital sera construit en zone inondable, sur un site moins accessible que le centre-ville pour de nombreux habitants. Et surtout, dans un hôpital déjà à bout de souffle — les arrêts maladie ont doublé en dix ans, les démissions se succèdent, les urgences psychiatriques saturent — la concentration sur un site unique n’est pas une réponse aux besoins humains des soignant·es et des patient·es. En juin 2024, le CHU a dû fermer 30 lits de psychiatrie faute de personnel.
Nous défendons une vision de l’hôpital public comme bien commun, pas comme entreprise. Cela passe par des moyens humains renforcés, des conditions de travail dignes, et une offre de soins de proximité qui complète — et non affaiblit — le plateau technique du futur hôpital.
Les maternités de proximité : une urgence territoriale
À Nantes, la maternité du CHU s’agrandit avec dix nouveaux lits de suites de couches ouverts fin mars 2026, et cette capacité sera intégrée dans le futur hôpital Loire Santé. C’est une bonne nouvelle.
Mais à l’échelle du territoire, la réalité est plus sombre. Les maternités de proximité ferment les unes après les autres, faute de recrutement et de moyens. À Ancenis, la maternité a failli perdre ses accouchements en 2023 faute de gynécologue recruté. Dans tout le département, accoucher près de chez soi devient de plus en plus difficile pour les femmes des territoires ruraux et périurbains. Accoucher loin, c’est aussi accoucher dans l’insécurité : trajets trop longs, risques d’accouchements inopinés, stress pour les familles.
Nous défendons le maintien des maternités de proximité sur l’ensemble du territoire et dénonçons les logiques de concentration hospitalière qui sacrifient l’accès aux soins sur l’autel de la rationalisation budgétaire.
Des centres de santé dans chaque quartier
La réponse à la désertification médicale ne peut pas attendre le bon vouloir des politiques nationales. Elle se construit aussi à l’échelle de la ville.
Nous proposons d’ouvrir des centres de santé pluridisciplinaires dans les quartiers où l’accès aux soins est le plus difficile : Nantes Sud, quartiers nord, Bellevue, et partout où les habitant·es attendent des mois pour voir un spécialiste. Ces centres seront :
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Financés principalement par la Sécurité sociale via les actes des praticiens, avec le soutien de la Ville
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Sans dépassements d’honoraires, avec tiers-payant intégral
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Pluridisciplinaires : médecin généraliste, infirmière, sage-femme, kinésithérapeute, psychologue, dentiste
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Cogérés par un conseil associant les habitant·es usager·es, les associations de patients et les professionnel·les de santé
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Dans chaque maison de quartier, nous déploierons des professionnel·les de proximité formé·es à l’accès aux droits en matière de santé, capables d’orienter, d’accompagner les démarches et de repérer les situations d’isolement — en particulier pour les personnes âgées, les aidant·es et les personnes précaires.
Nous étudierons la création d’une réelle mutuelle municipale pour garantir un 100% santé — lunettes, dentaire, audio — aux plus précaires vivant ou travaillant dans la commune.
Santé mentale et addictions : sortir du tout-urgences
La santé mentale est le parent pauvre du système de soins. Neuf mois d’attente en pédopsychiatrie. Des lits fermés. Des soignant·es épuisé·es. Des personnes en souffrance livrées à elles-mêmes, sans que personne ne sache quoi faire.
Nous proposons d’ouvrir un centre de santé mentale dédié, accessible sans délai insupportable, et un centre d’addictologie pour accompagner les usager·es dans une logique de soin et de réduction des risques — plutôt que de criminalisation. Ces structures viendront compléter les CAARUD existants et désengorger des urgences psychiatriques saturées.
En parallèle, nous créerons des Équipes de Protection Multi-spécialisées (EPM), composées de professionnel·les formé·es à la médiation, à la santé mentale, à la prévention et aux premiers secours, présentes dans l’espace public pour orienter les personnes en errance, apaiser les tensions et soutenir les plus vulnérables. Ces équipes ne remplaceront pas les soins : elles en seront le premier maillon, humain et de terrain.
Notre corps, notre quartier, notre environnement
Bien se soigner, c’est aussi vivre dans un environnement sain. Or à Nantes, les inégalités environnementales sont criantes : les quartiers populaires cumulent pollution de l’air, bruit, îlots de chaleur, exposition aux perturbateurs endocriniens et aux PFAS.
Nous créerons un observatoire de la santé environnementale, associant habitants, associations et chercheurs, pour cartographier les inégalités d’exposition et orienter les politiques publiques vers les quartiers les plus affectés. Nous doterons les habitant·es d’outils citoyens de mesure — air, bruit, qualité de l’habitat — pour qu’ils et elles puissent faire valoir leurs droits.
Parce qu’une ville en bonne santé, c’est une ville avec moins de voitures, une alimentation saine accessible à toutes et tous, des logements correctement isolés, des espaces verts dans chaque quartier. La santé ne commence pas dans les cabinets médicaux : elle commence dans la rue, dans l’assiette, dans l’immeuble où l’on vit.
Notre vision
Nous voulons une ville où personne ne renonce à se soigner faute d’argent, de médecin disponible ou de temps d’attente insupportable. Une ville où l’hôpital public est défendu comme un bien commun, pas géré comme une entreprise. Une ville où les soins arrivent jusqu’aux habitant·es des quartiers populaires, sans qu’ils et elles aient à parcourir des kilomètres.
C’est une question de justice. C’est une question de dignité. Et c’est possible.
