Madame Rolland, 

Lundi des milliers de Nantais et Nantaises reprenaient les chemins de l’école. La rentrée scolaire, c’est aussi le retour de préoccupations quotidiennes pour les familles à la rue. 

Ce samedi 28 février, j’ai participé, aux côtés de deux de mes colistiers, Amara Diomande et Maud Phelippot, à la manifestation organisée par le collectif Action Réquisition Nantes, devant l’ancienne école de la Marine.

Ce jour même, vous étiez à la Manu pour un événement consacré au thème « soutenir les parents solo ». Vous insistez régulièrement, à juste titre, sur le rôle de l’éducation et des familles dans votre action municipale. Pourtant, à quelques rues de là, d’autres parents, d’autres enfants, vivaient une situation qui contredit cruellement vos discours.

Les collectifs présents — Droit Au Logement, Gasprom, Maison du Peuple et d’autres — ont rappelé un constat alarmant : à Nantes, sixième ville de France, de plus en plus d’enfants dorment dehors une fois avoir quitté les bancs de l’école. 

La FSU recense déjà des enfants sans solution d’hébergement dans cinq écoles (Alain-Fournier, Sully, Aimé-Césaire, Jane-Vialle, Château-Sud à Rezé) et deux collèges (Floresca-Guépin et Chantenay). Devant l’inaction des pouvoirs publics, ce sont les enseignants et les parents d’élèves qui s’organisent, se cotisent pour des petits déjeuners, des vêtements propres et en bon état, des fournitures scolaires. Ces situations affectent également les enfants qui les entourent, les enseignant-es, le personnel éducatif, les parents d’élèves. Tout le monde se sent concerné et tente d’améliorer le quotidien de ces familles.

Les familles venaient crier : “Laissez mes enfants vivre sans peur, dans la dignité” “Nous ne demandons pas la charité, nous travaillons, nous voulons vivre dignement”. 

Nous étions rassemblés devant l’ancienne école de la Marine, un bâtiment pouvant accueillir près de 130 personnes en chambre d’internat. Aujourd’hui, une quarantaine de jeunes mineurs non accompagnés y sont hébergés de manière précaire, sans bail ni sécurité, dans une sorte d’accord tacite dont chacun sait qu’il peut prendre fin du jour au lendemain. Marchant sur des œufs, les associations n’osent pas y installer de nouvelles personnes de peur de déclencher une expulsion. 

Comment est-il possible, Mme Rolland, que la Ville de Nantes, qui compte plus de 15 000 logements vacants dont des bâtiments publics, n’utilise pas tous les leviers à sa disposition pour garantir le droit au logement et à la dignité ? Comment continuer à affirmer que votre priorité c’est l’école, quand certains enfants rentrent de l’école pour dormir dans la rue ou dans leur voiture ?

Dans la même veine, nous savons les difficultés pour les centaines d’enfants vivant dans les bidonvilles de l’agglomération, pour lesquels aucun dispositif municipal n’est réellement à la hauteur ? Là encore, un quotidien fait d’obstacles matériels à la scolarité — des conditions indignes d’une ville dont le premier budget est l’éducation. L’égalité exige que les enfants qui ne sont pas scolarisés dans l’école de leur secteur puissent bénéficier de navette scolaire pour que le trajet cesse d’être un frein à leur instruction – surtout lorsque les parents travaillent à des horaires impossibles. 

Vous aimez rappeler que l’éducation est votre priorité. Mais sans logement, sans alimentation suffisante, sans soins, sans possibilité de se déplacer, comment espérer que ces enfants puissent apprendre, s’émanciper, grandir ? Les droits fondamentaux de ces enfants n’ont aucune réalité concrète, ils sont simplement bafoués. 

Certes, l’Etat ne respecte pas sa propre loi, mais peut-on échapper à la responsabilité de respecter les droits de ces enfants, leur dignité ?
Dans des situations comme celles-ci, un jour à la rue est un jour de trop. Il y a urgence à agir, dès maintenant. C’est pourquoi j’écris cette lettre. Pour qu’une solution immédiate soit trouvée, comme celle d’héberger ces familles à l’école de la Marine ou tout autre lieu adapté. 

Madame la Maire, les Nantaises et les Nantais, parents, enseignant·es, habitant·es solidaires, agissent pour pallier les carences des institutions. Ils demandent simplement que la Ville prenne ses responsabilités, pour que plus aucun enfant ne soit à la rue, à Nantes, en 2026. 

 Dans l’attente de votre réponse publique, veuillez agréer l’expression de ma vigilance déterminée

Margot Medkour
Tête de liste de Nantes Populaire