Le sport, comme se nourrir ou se déplacer, est un besoin fondamental. Pourtant, à Nantes comme partout en France, l’accès à une salle de musculation ou de fitness reste conditionné à un abonnement privé, une carte bancaire, et souvent une adresse dans le bon quartier. Nantes Populaire propose de changer ça : faire du sport un service public municipal, accessible à toutes et tous, partout dans la ville.
Le problème
Un marché fondé sur notre découragement
Le monde du fitness est aujourd’hui dominé par quelques grandes chaînes — Basic Fit, Fitness Park, Keep Cool — qui ont bâti leur modèle économique sur une logique aussi simple qu’absurde : encaisser des abonnements de personnes qui ne viendront jamais.
Ces enseignes pratiquent la sur-inscription permanente. Une salle de 400 m² peut accueillir physiquement 80 personnes à la fois, mais compte 3 000 à 5 000 abonnés. Leur profit repose sur le fait que la majorité des adhérent·es paiera sans venir. En d’autres termes : leur rentabilité dépend de notre découragement.
À cela s’ajoutent des conditions de résiliation conçues pour décourager toute sortie : préavis longs, frais cachés, reconductions tacites. Et des conditions de travail dégradées pour les salarié·es : coachs auto-entrepreneurs, contrats précaires, management par objectif.
Il y a quelque chose de plus profond à l’œuvre. Michel Foucault l’avait théorisé : le pouvoir moderne ne s’exerce pas seulement par la contrainte, il passe par le corps. Ce que le fitness commercial a réussi, c’est exactement ça — ce que Foucault appelait le biopouvoir, et que le capitalisme contemporain a pleinement mis en œuvre : nos corps ne sont plus seulement des corps, ils deviennent des capitaux à entretenir, à optimiser, à « performer ».
L’abonnement en salle n’est pas vendu comme un loisir, mais comme un investissement sur soi, une obligation morale pour qui veut rester productif, désirable, méritant. Et si tu ne viens pas ? C’est ta faute. Ta flemme. Ton manque de volonté. Jamais le prix, jamais la distance, jamais l’épuisement après une journée de travail.
Elles envahissent nos centres-villes
Regardez ce qui se passe en centre-ville de Nantes : on compte désormais près de dix salles de sport privées, avec parfois cinq enseignes dans un périmètre de 200 mètres. De grands locaux commerciaux en rez-de-chaussée, occupés par des salles qui fonctionnent sur le surbooking, là où pourraient exister des commerces de proximité, des lieux associatifs, des espaces de vie collective.
Ce n’est pas une coïncidence. C’est la logique de marché à l’œuvre, qui s’installe là où le pouvoir d’achat est suffisant. Et qui s’absente là où il ne l’est pas : aucun Basic Fit à Bellevue, aucun à Malakoff, aucun aux Dervallières. Les habitant·es de ces quartiers, souvent les plus exposé·es aux maladies chroniques liées à la sédentarité, sont aussi les moins bien équipé·es pour pratiquer une activité physique régulière.
La fin du sport populaire collectif
Pendant longtemps, le sport s’est pratiqué dans des associations — des clubs de boxe, de judo, de gym, portés par des bénévoles, ancrés dans les quartiers, avec une forte dimension collective. Ces structures existent toujours. Mais elles sont concurrencées, fragilisées par la montée des chaînes privées qui captent les adhérents et les subventions indirectes que sont les exonérations fiscales sur les abonnements.
Résultat : beaucoup de Nantais·es se retrouvent à devoir choisir entre leur club de sport et une salle de muscu. Ce choix ne devrait pas exister.
25 € par mois : un luxe pour beaucoup
On nous vend le fitness low-cost comme une révolution accessible. Mais 25 € par mois, c’est 300 € par an. Pour une personne au SMIC, c’est une somme. Pour une famille avec plusieurs enfants, c’est hors de portée.
Et ce tarif ne comprend souvent pas l’accompagnement sportif, les cours collectifs, ou même l’accès à toutes les machines. Le vrai accès à un suivi de qualité est réservé à ceux qui peuvent payer des séances de coaching à 50, 60 ou 80 € l’heure.
Derrière le miroir du fitness « pour tous », se cache une inégalité très ordinaire : celle du portefeuille.
Notre proposition
Créer des salles de sport municipales dans chaque quartier de Nantes — petites, de proximité, gérées en lien avec les associations sportives locales — à l’image de ce que sont déjà les piscines, les bibliothèques ou les conservatoires : des équipements publics, accessibles à toutes et tous, financés par la collectivité parce que le droit de prendre soin de son corps ne devrait pas dépendre de son revenu.
Ces salles proposeront :
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Un accès à tarif social progressif, calculé sur les revenus du foyer, avec gratuité pour les bénéficiaires des minima sociaux
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Un tarif réduit pour les licencié·es de clubs sportifs nantais — pour ne plus avoir à choisir entre son association et une salle de muscu, et pour valoriser l’engagement dans le sport collectif
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Des équipements de musculation, de cardio et des espaces collectifs adaptés aux pratiques populaires, pas aux tendances Instagram
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Des horaires larges, de 6h à 22h, conçus pour les rythmes réels des travailleuses et travailleurs
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Des éducateurs sportifs municipaux, recruté·es en CDI dans de bonnes conditions, capables d’accompagner les pratiquant·es avec des besoins spécifiques : rééducation, handicap, grand âge
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Une gestion en lien étroit avec les associations sportives de quartier, pour que les habitant·es soient acteur·rices du lieu, pas seulement usager·es
Des lieux de vie, pas des usines à abonnements
Ces salles ne seront pas des entrepôts de machines surveillés par une caméra. Elles seront des lieux de vie de quartier : avec un espace d’accueil, des possibilités d’échange, des ateliers thématiques — nutrition, prévention, activité physique adaptée — organisés avec les structures de santé locales. Et en donnant ainsi un vrai coup de pouce aux associations sportives, trop longtemps laissées à elles-mêmes.
L’objectif n’est pas de reproduire le modèle privé avec de l’argent public. C’est de renouer avec ce que le sport a toujours été dans les quartiers populaires : un espace collectif, d’émancipation, de santé partagée.
Par où commencer ?
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Ouvrir une première salle pilote à Bellevue, aux Dervallières ou à Malakoff dès la première année
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Utiliser les équipements municipaux existants (gymnases, MJC, salles polyvalentes) pour des créneaux dédiés musculation et fitness, en partenariat avec les assos locales
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Mettre en place une carte sport populaire donnant accès à tarif réduit à l’ensemble du réseau pour tous les licencié·es nantais·es
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Renforcer les subventions aux associations sportives de quartier qui s’engagent sur des tarifs accessibles
Pourquoi c’est faisable
Ce n’est pas une utopie. Les piscines municipales existent depuis un siècle. Les gymnases scolaires sont déjà ouverts le soir et le week-end dans de nombreuses villes. Les maisons sport-santé montrent qu’un modèle public de suivi sportif fonctionne. Ce que Nantes Populaire propose, c’est simplement d’aller plus loin : assumer que la salle de musculation, comme la bibliothèque ou la piscine, est un équipement public — pas une franchise commerciale qui joue au Monopoly avec nos rues.
Nos villes, nos corps, notre santé ne sont pas à vendre.
On peut continuer comme aujourd’hui : laisser Basic Fit décider dans quels quartiers les habitant·es méritent d’avoir accès au sport, à quel prix, en occupant nos centres-villes et en précarisant leurs salarié·es.
Ou on peut décider qu’une ville populaire garantit à chacun·e le droit de prendre soin de son corps — sans abonnement piège, sans traverser la ville, sans laisser les chaînes privées s’approprier ce qui devrait appartenir à tous.
Le corps n’est pas un marché. C’est un espace d’émancipation, de santé, de rencontre. Il est temps que la ville s’en occupe.
