Pour des supermarchés municipaux
Ces dernières années, la vie est devenue beaucoup trop chère. Ce ne sont plus que les fins du mois qui sont compliquées, dès le 5 de chaque mois, se nourrir devient compliqué pour un bon nombre d’entre nous.
Le problème
La vie chère et l’insécurité alimentaire
Nous étions 37 % dans le pays à être en insécurité alimentaire en 2023, c’est-à-dire à ne pas avoir accès de manière régulière à une alimentation saine et suffisante. C’est trois fois plus qu’il y a huit ans… ! Et 8 millions d’entre nous doivent sauter des repas, manger beaucoup moins bien ou dépendre de l’aide alimentaire.
Bien sûr, il y a eu l’inflation à cause de la guerre en Ukraine, l’augmentation des prix de l’énergie, la montée du prix du blé et autres aléas sur les marchés mondiaux. Mais ce n’est pas tout. L’agro-industrie et la grande distribution ont profité de l’augmentation des prix de l’alimentation pour augmenter leurs profits de façon scandaleuse !
La grande distribution se fait de l’argent sur notre dos et celui des producteurs
Même le FMI l’affirme : la moitié de l’inflation de la zone euro (en 2022-2023) est causée par la hausse des profits des entreprises, premier facteur de l’inflation, devant le choc énergétique.
Entre 2022 et 2023, les prix alimentaires ont augmenté de 20 % et l’inflation se poursuit. La marge brute de l’industrie agroalimentaire est passée de 28 à 48 % entre fin 2021 et le 2e trimestre de 2023 ! Et les profits de la grande distribution ne cessent de croître, à la grande joie des actionnaires !
Nous subissons directement la prédation de la grande distribution. Les producteurs aussi subissent.
Les grandes enseignes comme Carrefour, Leclerc et Hyper U, détiennent un quasi-monopole sur notre alimentation. Elles ont donc un pouvoir de négociation énorme, imposent leurs prix aux producteurs.
Elles ont donc profité de l’inflation pour augmenter leurs marges.
Les franchises envahissent la ville
Vous avez sans doute remarqué ces dernières années que Carrefour ouvre des supérettes dans toute la ville ?
À Nantes, Carrefour est en train d’envahir la ville, avec bientôt 30 magasins, souvent très chers !
En parallèle, les petits commerces de proximité disparaissent : d’abord victimes des prix cassés, puis des grandes surfaces qui les remplacent.
Elles sont aussi victimes de choix politiques directs, dans les quartiers populaires. Dans le cadre des plans de rénovation urbaine, les municipalités privilégient l’installation de grandes chaînes, au nom de la mixité sociale. Parce qu’elles supposent que les classes moyennes qui s’installent préféreront les grandes marques, même si c’est plus cher. Les commerces populaires, les épiceries familiales, les commerces dit ethniques, ne rentrent pas dans ces plans.
Les vieux centres commerciaux méritaient souvent d’être rénovés. Mais les locaux commerciaux créés sont plutôt dimensionnés pour de grandes enseignes, ils sont plus chers (comme les appartements d’ailleurs).
Regardez la rénovation de la place Mendès-France à Bellevue : le seul commerce qui subsiste… c’est le Carrefour. Place des Lauriers, les commerces ont disparu en même temps que les logements détruits.
Résultat : une uniformisation, moins de diversité, un accès plus difficile à des produits frais ou de qualité, et une dépendance accrue des habitants à des enseignes lointaines ou très peu accessibles.
Or, un euro qui va dans l’épicerie d’un commerce familial de quartier, c’est un euro qui reste dans le quartier, qui bénéficie à la communauté. Les commerces indépendants sont souvent davantage que des commerces. Ce sont des lieux de sociabilité et de solidarité.
Carrefour est probablement la pire enseigne
Les Carrefour Market nous rackettent, et c’est déjà une bonne raison de leur en vouloir. Mais il y a pire.
En 2022, Carrefour choisit de s’implanter en Israël et de participer à la colonisation. Résultat : ses produits se retrouvent dans des magasins situés dans des colonies en Cisjordanie, territoire occupé en violation du droit international. L’avis consultatif de la Cour Internationale de Justice de juillet 2024 rappelle l’illégalité de cette participation à la vie économique des colonies.
Notre proposition
Créer des supermarchés municipaux pour permettre à tout le monde de se nourrir correctement.
Ces supermarchés proposeront des produits de qualité à bas prix, en priorité dans des quartiers où il y a peu de commerces de proximité.
- Avec un catalogue restreint de produits du quotidien, le plus possible locaux.
- À terme, cela permettra de développer des filières locales : pour l’alimentation, mais aussi pour des produits d’hygiène et d’entretien.
Ces supermarchés proposeront :
- une sélection restreinte de produits du quotidien, de qualité et moins chers ;
- des produits locaux, pour soutenir et relocaliser la production ;
- une implantation prioritaire dans les quartiers populaires, là où les commerces manquent ;
- et un espace de convivialité : café, cantine de quartier, ou lieu d’entraide.
Comment ça pourrait marcher ?
- Les supermarchés recruteraient en priorité dans le quartier, dans de bonnes conditions de travail.
- Si les personnes donnent de leur temps pour faire vivre le lieu, ils peuvent avoir des réductions supplémentaires.
Pourquoi c’est faisable
1. Parce que la ville peut acheter mieux et moins cher
La puissance d’achat de la collectivité (écoles, cantines, maisons de retraite…) peut être mutualisée pour négocier directement avec les producteurs, sans passer par les centrales d’achat privées.
En réduisant les marges commerciales à 10 % au lieu des 30 % pratiquées par les grandes enseignes, les prix peuvent baisser de 15 à 20 % sur les produits de base, tout en garantissant une juste rémunération des producteurs
On peut aussi économiser sur le coût des locaux.
2. Parce que ce n’est pas si nouveau
Il a déjà existé de nombreuses épiceries municipales. Dès la fin du XIXe siècle et jusqu’à la Grande Guerre, les municipalités socialistes ou ouvrières ont fait de la commune un laboratoire d’actions concrètes : gestion municipale de l’eau, du gaz, des transports urbains, ou bien encore de commerces ou coopératives municipales.
On en trouve aujourd’hui des déclinaisons modernes : des épiceries municipales ou municipales-associatives dans les territoires ruraux ou périurbains.
Des communes développent aussi des régies agricoles, et de nombreux projets économiques.
3. Parce que Nantes a tout pour le faire
La Loire-Atlantique dispose d’un tissu agricole et artisanal dense : 2 800 hectares de maraîchage, 400 hectares de vergers, des centaines d’exploitations laitières et céréalières.
En s’appuyant sur cette richesse, la ville peut créer une coopérative municipale d’approvisionnement :
- pour collecter, stocker et conditionner les produits locaux ;
- pour approvisionner les supermarchés municipaux et les cantines ;
- pour garantir des prix planchers rémunérateurs aux producteurs.
4. Parce que c’est un investissement social et écologique
En réorganisant les circuits alimentaires, on réduit les transports, le gaspillage et les emballages inutiles.
Et on aide des filières locales à se constituer !
4. Parce que c’est juridiquement faisable.
La jurisprudence autorise l’intervention publique dès lors qu’un intérêt public local est justifié et que l’initiative privée est insuffisante. Il ne s’agira pas de subventionner les courses, mais d’intervenir pour répondre à un besoin social auquel le marché ne répond pas, en particulier dans les quartiers où il n’y a quasiment plus de commerces.
On peut citer l’affaire de la commune de Prémanon, qui a repris en régie l’épicerie du village au motif de la défaillance de l’initiative privée. Le rapport de la Cour des comptes explique que l’opération était fondée sur l’article L. 2251-3 du Code général des collectivités territoriales, qui autorise la collectivité à créer un service public si l’initiative privée est défaillante. Cour des Comptes
Ainsi, ce type d’opération est juridiquement envisageable, à condition que la légalité formelle soit respectée.
Par où commencer ?
- Par l’ouverture de supérettes dans les quartiers populaires.
- et en ciblant les zones où les gens sont obligés de faire leurs courses dans les hypermarchés surtout accessibles en voiture.
- par la définition d’un panier de produits prioritaires, qui pourraient être vendus à prix décent.
Mais avant tout, il faut amener cette proposition dans le débat !
Elle est déjà en discussion à New-York, alors pourquoi pas à Nantes ?
Même à New York…
Le futur maire de New York : Zohran Mamdani porte lui aussi cette proposition. Il défend l’ouverture de supermarchés municipaux pour répondre à la montée des prix et à l’insécurité alimentaire, notamment dans les quartiers populaires où un tiers des habitants sont touchés par la précarité alimentaire. Son projet prévoit l’ouverture de cinq magasins publics, un dans chaque quartier, avec une priorité : proposer des produits alimentaires de qualité à des prix accessibles, sans dégager de profits.
Alors pourquoi pas à Nantes ?
Retrouvez notre tract :
