La sécurité est un sujet trop sérieux pour être laissée à la droite et ses solutions inefficaces qu’elle nous rabâche depuis 30 ans. La réponse de la majorité actuelle à Nantes, c’est celle d’une gauche qui a capitulé. Elle court après les solutions de droite, qui elle-même court après l’extrême-droite : vidéosurveillance généralisée, augmentation des effectifs de police municipale, contrôle au faciès, appels à renfort des CRS.
Le résultat ? Du théâtre politique.
Là où la majorité sortante multiplie les opérations « place nette », organise des tournées promotionnelles avec Retailleau ou déploie des caméras sans limite, elle feint l’action sans résoudre les problèmes. Entre 2022 et 2026, on est passé de 162 à 330 caméras à Nantes, avec un objectif de 500 pour 2026 ! Pourtant, toutes les études le montrent : les caméras ne réduisent ni le crime ni la délinquance. Elles coûtent 600 000 euros par an à la ville et ne contribuent que très peu à la résolution d’enquêtes.
Selon nous, il y a deux grands enjeux de sécurité publique :
- les tensions, discriminations et agressions dans l’espace public, avec une concentration du sentiment d’insécurité à Bouffay, à Commerce, sur l’Île de Nantes
- les violences liées au trafic de drogue, en centre ville et dans les quartiers populaires
On ne règle pas ces problèmes uniquement par une approche purement répressive et militarisée. Johanna Rolland a appliqué au pied de la lettre toutes les mesures de la droite, et celle-ci propose maintenant…de faire comme Madame Rolland mais en encore plus grand : les mêmes solutions qui ne marcheront pas.
Face aux violences liées au trafic de drogue, par exemple, la guerre à la drogue avec une approche militaire, ça ne fonctionne pas. La drogue, c’est avant tout un problème de santé publique, et un problème économique.
De même, la sécurité dans l’espace public dépend de la capacité d’action des habitants, de la gestion en amont des problèmes. Les résultats les plus efficaces ne passent pas par les gesticulations. Ensuite, il s’agit d’assurer une présence humaine.
Nous proposons une rupture : des réponses pragmatiques qui s’attaquent aux causes réelles, pas aux symptômes. Nous voulons une ville vivante et sûre, non une ville assiégée.
Enjeu 1 : Se sentir en sécurité dans l’espace public
Le diagnostic
Pendant des années, on nous dit que « Nantes ça craint ». Or, les chiffres du ministère de l’Intérieur, analysés scrupuleusement par l’AURAN (Agence d’Urbanisme de la Région Nantaise), racontent une autre histoire :
Depuis 2019 à Nantes :
- -11,75 % des atteintes aux biens (et -51,40 % dans le centre-ville)
- -4,31 % des atteintes volontaires à l’intégrité physique (-39,53 % dans le centre-ville)
- -18 % des cambriolages
- -25 % des vols avec violence dans les transports en commun
Nantes Métropole affiche le taux le plus faible en matière de coups et blessures (4,5 faits pour 1 000 habitants, contre 5,8 en moyenne française). Pour les stupéfiants, 3 faits d’usage pour 1 000 habitants, contre 5,9 ailleurs.
Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de problèmes. Les violences existent. Les gens se sentent parfois en insécurité dans l’espace public, en particulier la nuit. Les agressions sont une réalité, avec parfois des implications racistes, transphobes, etc. Mais il faut les étudier pour ce qu’elles sont et y répondre méthodiquement.
Après une forte augmentation de la population (9 000 habitants/an depuis dix ans), Nantes a connu une certaine désorganisation sociale. Le centre-ville s’est densifié quand les quartiers résidentiels ont été délaissés. Dans ce contexte, la rencontre avec l’altérité – jeunes, migrants, populations qu’on ne voyait pas avant – crée une perception d’insécurité amplifiée par les médias de la sphère Bolloré (pas merci Pascal).
Nos propositions
1.Créer des Équipes de protection multi-spécialisées, composées de 300 agents
Les objectifs de ces équipes :
- Assurer une mission de prévention et de protection dans l’espace public, et le suivi des problèmes identifiés.
- Intervenir sur :
- les situations de tensions, en particulier la nuit (client de bar agressif, personne sous l’emprise de stupéfiants, etc….) ;
- l’accompagnement des personnes qui se sentent en insécurité ;
- les situations de personne en difficulté, en lien avec la santé mentale, la consommation d’alcool ou d’autres drogues ;
- le lien avec des personnes à la rue et l’aide à l’hébergement d’urgence.
Composition des équipes
Lorsqu’elles se déplacent dans l’espace public, ces équipes seront composées de 5 personnes aux profils diversifiés, en fonction des besoins identifiés.
Qui sont ces agents ?
Nos équipes seront composées de :
- Éducateurs spécialisés (approche de proximité et médiation)
- Spécialistes en santé mentale (capables de gérer les crises)
- Secouristes et infirmiers (prise en charge médicale d’urgence)
- Spécialistes d’addictologie (accompagnement des usagers)
Les équipes travailleront en lien étroit avec les établissements de soin, les hébergements d’urgence et les associations spécialisées .
Pour quoi faire ?
La plupart des interventions de police ne relèvent pas de la gestion de la violence, mais de problèmes sociaux. De leur côté, nos équipes interviendront pour aider et accompagner les personnes en détresse, prévenir les escalades de tensions, offrir une présence rassurante et protectrice, favoriser l’accès aux services sanitaires et sociaux, intervenir en médiation et prévention des violences.
Comment les mettre en place ?
- 100 agents initialement issus de services existants (Brigade de l’Espace Public, médiateurs de rue, agents du CCAS, travailleurs sociaux départementaux, éducateurs spécialisés, policiers municipaux, etc.)
- Recrutement progressif de 200 professionnels aux profils diversifiés
- Objectif : 300 agents, pour disposer de 7 équipes de 5 personnes sur le terrain, en rotation.
Fonctionnement sur le terrain :
- Équipes mobiles : 5 personnes composées d’un spécialiste en santé mentale, d’un éducateur, de secouristes
- Numéro spécial simple pour appeler en cas de problème : un 911 nantais !
- Présence visible dans les « points chauds » (Bouffay, Commerce, Île de Nantes)
- Interventions 24h/24
2. Créer des Maisons de la Nuit
Où ? Du Hangar à Bananes à Bouffay, et dans chaque quartier de tension.
Quoi ?
- Une présence humaine tout au long de la nuit
- Un lieu où l’on peut se poser, prendre une boisson chaude
- Un point de repère pour demander de l’aide
- Un accompagnement si besoin
Ces maisons seront gérées en partenariat avec les associations locales et le secteur social.
3. Des mobilités adaptées pour se sentir protégé·e
Éclairage : il faut améliorer significativement l’éclairage public car certaines zones sont bien trop sombres (à Commerces, devant le Château des Ducs, etc.) .
Transports de nuit renforcés :
- Prolongement des horaires jusqu’à 2h du matin toute la semaine
- Nuit complète les week-ends
- Gratuité des transports de 20h à 5h (favorise les déplacements sécurisés)
- Augmentation de la fréquence et de la densité du réseau (le réseau de nuit actuel est très insuffisant)
Enjeu 2 : Réduire les violences liées à l’économie de la drogue
Le diagnostic : la militarisation inefficace
La drogue à Nantes, comme ailleurs, est traitée comme un problème militaire..
On déploie ponctuellement des camions de CRS, on multiplie les « opérations place nette », mais rien ne change au quotidien.
Le ministère de l’Intérieur et la majorité municipale gesticulent beaucoup sans agir sur le fond. La “guerre à la drogue” (comme ils disent), ça ne marche pas. Ça a échoué aux Etats-Unis, ça échouera ici. Installer des caméras ou multiplier les patrouilles, c’est de la politique visuelle, du spectacle, ça se voit, on en parle, mais ça ne marche pas !
On ne démantèle pas les réseaux criminels avec du contrôle aléatoire de petits dealers en fin de chaîne ou des consommateurs, ou avec de la présence militarisée dans nos rues. C’est de plus hypocrite, parce qu’en parallèle, les gouvernements successifs ont réduit les moyens de police judiciaire, avec une départementalisation de la PJ (face à des réseaux nationaux ou internationaux).
De plus, à Nantes, les chiffres montrent une réalité différente de la rhétorique officielle :
- Nantes Métropole a le taux de trafic le plus bas des 22 métropoles françaises (0,9 pour 1 000 habitants, contre 1,5 en moyenne)
- Ce taux est stable depuis 2020
Mais il faut être clair : le trafic crée des violences absurdes. Les fusillades de Moonlight, le roi des Dervallières, les récentes tragédies à Pirmil, les violences à la Bottière – tout cela rend la vie insupportable dans certains quartiers.
Le piège politique : pour la droite, l’insécurité est un fond de commerce. Elle n’a aucun intérêt à la résoudre. Donc elle propose l’impuissance théâtrale : plus de CRS, plus de caméras, plus de police municipale (115 agents en 2020, 145 en 2024, 235 prévus en 2026).
Le piège pour la gauche : courir après les réponses de droite. C’est ce qu’a fait le PS ces dernières années.
Nous refusons ce piège. Nous avons un plan drogue.
Pilier 1 : Pacifier l’espace public
C’est d’abord nos Équipes de Protection Multi-spécialisées (EPM) qui, en occupant l’espace public de manière constante et bienveillante, vont assurer une présence rassurante et une assistance concrète aux personnes vulnérables ou en se sentant en danger. Elles vont contribuer à apaiser l’espace public et à ce que chacun.e se sente à l’aise. Plus l’espace public est vivant et occupé, moins il y a de place pour le trafic et les agressions.
Pilier 2 : Zéro Jeune Recruté
Le recrutement commence jeune, et peut avoir des conséquences très lourdes, pour tous ceux qui sont les petites mains du capitalisme de la drogue. Il faut le décourager au plus tôt, avec des alternatives crédibles :
- Car le décrochage scolaire est la première porte d’entrée au trafic, nous renforcerons drastiquement l’aide aux devoirs et soutiendrons les acteurs éducatifs pour accompagner au mieux les enfants et jeunes.
- Stages garantis par la mairie avec accompagnement des jeunes : d’abord au sein de la collectivité et de ses satellites, où il existe de nombreux métiers à faire découvrir, par exemple, aux élèves de 3ème.
- Vacances pour tous et toutes (alors que 40% des jeunes ne partent pas en vacances chaque année, nous portons cette proposition avec des séjours d’été, mais aussi des week-ends…)
- Lieux de répit pour les parents et aidants (pour souffler le week-end, accompagnement administratif, aidant qui s’occupe d’un proche…)
- Lieux d’auto-organisation gérée par les jeunes (pour se retrouver, s’organiser, créer, monter leurs projets collectifs…)
- Présence d’adultes : dans les foyers d’adolescents, dans les EPM, dans les équipes de la prévention spécialisée.
Pilier 3 : Agir sur la consommation (approche de santé publique)
On n’en parle jamais, et c’est l’angle mort des politiques publiques : comment réduire réellement les addictions ?
- Au niveau national, nous soutiendrons la dépénalisation de certaines drogues (en suivant les meilleures pratiques européennes et canadienne) : la dépénalisation coupe l’herbe sous le pied au trafic et permet un bien meilleur suivi des personnes addictes pour les accompagner vers la sobriété ou une consommation raisonnée (comme pour l’alcool) ;
- Au niveau municipal :
- Pour des services d’addictologie renforcés et intégrés à nos EPM : nous ouvrirons un second Centre de Soins d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA)Nous renforcerons la réduction des risques (locaux sécurisés, accompagnement médical)
Cela paraît paradoxal, mais c’est la vérité : la seule façon de diminuer la violence liée au trafic, c’est de réduire la demande par une prise en charge réelle de la santé mentale et des addictions.
Pilier 4 : Redonner du pouvoir économique aux quartiers
L’observation clé : les consommateurs sont souvent dans les quartiers aisés, mais le trafic et surtout ses violences s’installent dans les quartiers populaires. Pourquoi ? Parce que les habitants des quartiers aisés ont les ressources pour résister. Les habitants des quartiers populaires, eux, se sentent abandonnés.
Notre réponse :
- des Maisons de l’Économie Populaire assurant une mutualisation de locaux et des moyens de production, d’accompagnement, et de formation
- une Mutuelle des Commerces Populaires : pour créer des alternatives économiques légales et créatives
- une Agence municipale du logement : pour un accès au logement décent à coût raisonnable
En donnant aux habitant-es les outils pour créer et prospérer, on leur redonne le pouvoir de défendre leur territoire.
Pilier 5 : Protéger les victimes des violences liées au trafic
- Solutions de relogement pour les familles victimes du trafic et des solutions de dépaysement pour les jeunes qui souhaitent quitter les réseaux liés à la drogue
- Un accompagnement psychologique renforcé pour les enfants exposés à la violence
- Un soutien renforcé aux associations d’aide aux victimes
Conclusion : une politique de protection, pas de communication
Ce que nous proposons, c’est une rupture avec le spectacle politique des majorités sortantes.
Pas de conférence de presse toutes les semaines pour annoncer une « opération place nette ». Pas de “toujours plus de caméras” pour nous donner l’illusion que nous contrôlons la ville.
Une vraie politique de protection des gens : des agents sur le terrain, du temps long, de l’investissement dans le social, la santé et l’économique.
La sécurité à Nantes ne sera pas gérée comme un problème militaire. Elle sera gérée comme ce qu’elle est : un enjeu de protection de toutes et tous afin de redonner confiance et pouvoir aux habitant-es.
Voilà nos propositions. À moyens et longs termes elles coûteront bien moins cher que la surenchère sécuritaire de la droite. Nous en avons assez de la politique du sparadrap : nous nous attaquerons aux causes, avec de vraies réponses structurelles.
La vraie question n’est pas : pouvons-nous nous permettre cette politique ?
La vraie question est : pouvons-nous nous permettre de continuer comme avant ?
