Nantes est une ville riche, bien trop riche pour laisser des centaines de personnes à la rue sans solution digne. Pendant que la municipalité de Johanna Rolland multiplie les annonces, les renoncements s’accumulent : promesse non tenue d’un budget de 1% pour la mise à l’abri, bâtiments vides laissés à l’abandon, lieux d’auto‑organisation expulsés.
Nous proposons un plan d’action immédiat pour ouvrir des places d’hébergement d’urgence, soutenir les collectifs d’habitant·es et faire enfin de Nantes une ville vraiment refuge.
1. Trop de promesses, pas assez de mise à l’abri
En 2020, Johanna Rolland s’était engagée à consacrer 1% du budget de Nantes Métropole, soit 10 millions d’euros, à la mise à l’abri des personnes à la rue et en grande précarité. Six ans après, cet engagement n’est pas tenu : en 2021, seulement 2 millions d’euros ont été affectés à un fonds de soutien, soit à peine 0,2% du budget métropolitain.
Comment croire aujourd’hui au discours de « ville refuge » quand les moyens promis n’ont jamais été réellement mobilisés ?
Dans le même temps, la crise du sans‑abrisme s’aggrave : de plus en plus de familles, de femmes et de jeunes se retrouvent à la rue, et des personnes continuent de mourir dehors en hiver à Nantes. Cette situation n’est pas une fatalité, c’est le résultat de choix politiques.
2. La Maison du Peuple, symbole d’un gâchis
La Maison du Peuple, installée dans un ancien collège du centre‑ville, a été pendant trois ans un centre social autogéré, qui assurait aussi de l’hébergement d’urgence en complément du 115 et du SIAO. Ce lieu, reconnu de fait par les institutions (tribunaux, Samu social, structures d’hébergement), a été expulsé en juillet 2021, laissant à nouveau des dizaines de personnes sans solution.
Depuis, le bâtiment est resté vide, alors qu’une solution existait : le diocèse avait demandé à la mairie de se porter garante d’un bail précaire, ce qui aurait permis de maintenir un lieu d’hébergement géré par des personnes concernées. Plutôt que de soutenir cette expérience, la mairie a choisi de murer le bâtiment et de criminaliser les militant·es qui tentaient de le réoccuper, abandonnant un outil concret de solidarité.
3. Utiliser enfin les bâtiments vides
La métropole, la Ville et l’État possèdent des bâtiments vides en nombre, comme l’ont encore documenté récemment les associations de défense du droit au logement. Dans une ville aussi riche que Nantes, laisser ces bâtiments inoccupés alors que des personnes dorment dehors est indéfendable moralement et politiquement.
Nous proposons :
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Un inventaire public et permanent des bâtiments vides appartenant à la Ville, à la Métropole, à l’État et aux grands propriétaires institutionnels ;
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La mobilisation de ces bâtiments pour de l’hébergement d’urgence, avec des travaux légers pour les rendre habitables rapidement ;
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L’usage, si nécessaire, du pouvoir de réquisition de la maire pour permettre une occupation temporaire, avec indemnisation des propriétaires comme le prévoit la loi.
Ce n’est pas une mesure « révolutionnaire », c’est l’application des outils juridiques existants pour protéger des vies.
4. Baux précaires et arrêt anti‑expulsion
Pour sécuriser l’ouverture de lieux d’hébergement, nous défendons la mise en place de baux précaires entre la municipalité et des structures d’accompagnement de personnes à la rue. La Ville peut se porter garante de ces baux, y compris lorsqu’il s’agit de bâtiments privés laissés vacants, en assumant politiquement que la mise à l’abri est prioritaire.
Nous ferons également voter un arrêté anti‑expulsion sans relogement, en lien avec d’autres communes prêtes à s’engager dans ce sens. Même si certains arrêtés ont déjà été retoqués, il faut du courage politique pour faire évoluer le droit et affirmer un principe simple : à Nantes, personne ne doit être remis à la rue sans solution pérenne.
5. Soutenir les collectifs d’habitant·es et les lieux autogérés
Face aux défaillances des institutions, des collectifs d’habitant·es et de personnes concernées se sont organisés, qu’il s’agisse de collectifs de mineurs isolés, de familles ou de personnes seules. Ces initiatives permettent concrètement l’entraide, l’accès aux droits, l’accompagnement social, souvent avec très peu de moyens.
Nous voulons que la Ville soutienne ces collectifs, en mettant à leur disposition des salles, des locaux, des cuisines, comme c’est le cas pour des initiatives solidaires type cantines populaires. Nous sommes favorables à la création de nouveaux lieux du type Maison du Peuple : des centres sociaux autogérés, reconnus par les institutions, gérés avec et par les personnes à la rue elles‑mêmes, combinant mise à l’abri, entraide, accompagnement social et montée en autonomie.
En pratique, cela signifie :
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Mettre à disposition un bâtiment public adapté à ces usages ;
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Ou se porter garante d’un bail précaire avec un propriétaire privé ;
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Associer les collectifs d’habitant·es à la gouvernance du lieu dès le départ.
6. Une ville vraiment refuge, maintenant
Faire de Nantes une ville refuge ne peut pas se résumer à un slogan ou à une annonce tardive à l’approche des élections municipales. Cela exige des moyens budgétaires, l’usage des pouvoirs de la maire, le soutien aux acteurs de terrain et la reconnaissance du rôle des collectifs autogérés.
Nous refusons que Nantes devienne une vitrine qui cache la misère derrière des façades rénovées. Une ville riche qui laisse des personnes dehors fait un choix politique. Nous proposons un autre choix : mobiliser les bâtiments vides, sécuriser les lieux autogérés, interdire les expulsions sans relogement et faire de la mise à l’abri une priorité absolue, toute l’année.

J habite face à l école de la gare maritime.. cet énorme bâtiment vide…